tigre-avalanche

si on écrivait sur de la neige blanche
avec de la neige noire et si cela se passait
dans le mouvement d'une avalanche
et que d'un bond prodigieux, d'une ombre
on traçait sur la neige blanche
un dessin de neige noire
(comme être sous la neige, sous des tonnes de neige
blanche et dans le noir du tombeau).
On bondit et on regarde
couler l'avalanche
blanche et tigrée de noir, dessinée
là-bas en dessous de soi et ni l'ombre de la mort
ni la coulée neigeuse, si lente, tonnante et belle
ne se séparent ni ne se mêlent

et alors ensemble
elles écrivent quelque chose d' insensé
sur le flanc de la montagne en dessous de soi
- qu'on lit -

A la fin du bond, tout en bas
de la montagne silencieuse,
on la verra
sillonnée d'ombres noires par la lune invisible
rigoles d'ombres éclat de neige
lisse
entièrement reposée.

(extrait de Voir, regarder voir - inédit)

© Claire Ceira

un paysage de Claire Ceira
Ce poème est la description d'un paysage imaginaire, d'un moment imaginaire, d'un état imaginaire aussi (vol, saut, attente) né de la contemplation d'une image abstraite de KOOLHYDRAAT.
La photo qui l'accompagne vient figurer ce mélange paradoxal d'immobilité et d'appel à la chute…